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Entretien avec Luisa Abreu, membre de Rua do Sol.

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La belle revue —» Pourriez-vous décrire dans quel contexte est apparu Rua do Sol? 

Luisa Abreu/Rua do Sol —» Les rassemblements d’artistes au sein de collectifs est un phénomène qui existe depuis longtemps à Porto. Cela s’extériorise par la création de lieux dont les contextes, objectifs et dynamiques divergent. Pendant une longue période, il était crucial que les artistes s’adaptent à une situation culturelle désolante, sans aucun soutien de la part des instances politiques. S’adapter, oui, mais sans accepter, il fallait réagir en créant divers lieux indépendants. Certains artistes se transformèrent en programmateurs culturels, gérant des lieux, organisant des expositions et s’impliquant dans de multiples projets, dont la fréquence assurait le dynamisme de la ville dans ses interstices. Ces types d’espaces étaient et sont disséminés partout en ville, capables de monter des projets dans la plus grande précarité.

 Rua do Sol 172 avait au départ de grandes ambitions en terme d’espace et de projets. Tout a commencé avec l’envie et le besoin d’un groupe d’artistes de partager un espace de travail, ceci allant de pair avec la nécessité de faire connaître des propositions artistiques encore méconnues. Naturellement, les contraintes économiques qui s’imposent à ce genre d’initiatives ont rapidement orienté le projet vers un premier lieu un peu spécial. Celui-ci se trouvait au 172 Rua do Sol (ce qui signifie «rue du soleil»), bien qu’il n’y ait en réalité jamais de soleil à cause de l’obscurité et de l’étroitesse de la rue. Le local était divisé en deux zones, l’une faisant face à la rue (d’où l’on pouvait sentir le passage et les regards du voisinage à travers les vitrines), était un espace informel ouvert à n’importe quelle pratique artistique, et l’autre, au fond, un atelier collectif constitué d’open spaces

À ce moment, Rua do Sol 172 n’était pas encore un collectif, mais les artistes ont rapidement pris conscience du potentiel collégial de la structure: le lieu devait devenir autre chose qu’un simple amoncellement d’ateliers individuels.

L.B.R. —» Comment choisissez-vous les artistes exposés, avez-vous une idée spécifique du type d’art que vous souhaitez mettre en avant? Vous semblez en effet ouverts à de nombreux domaines, au-delà des arts plastiques?

L.A./R.d.S. —» Maintenant que nous avons changé de lieu, la manière dont nous choisissons les artistes, organisons et programmons les expositions a évolué en conséquence. Actuellement, Rua do Sol se trouve dans le «Círculo Católico de Operários do Porto» (Cercle catholique des travailleurs de Porto), dit CCOP, fondé en 1898. Ce bâtiment est utilisé pour des activités aussi variées que des compétitions de ping-pong, un atelier de théâtre appelé «Confederação», une chorale de personnes âgées, diverses actions sociales, l’atelier collectif de Rua do Sol et leur espace d’exposition, et bien d’autres encore. Ce lieu aux propositions multiples possède une structure qui, contrairement au précédent Rua do Sol, est divisée en zones spécifiques, nous permettant de programmer différemment, en fonction de cette diversité. À l’heure actuelle, nous pouvons proposer autant de cycles de cinéma que d’expositions stricto sensu, autant de concerts que de conférences d’artistes. Nous pouvons programmer et nous déplacer dans toutes les parties du bâtiment, comme nous pouvons organiser plusieurs évènements ayant lieu en même temps.

Nous n’avons pas réellement de ligne directrice pour notre programmation, nous tâchons au contraire d’être aussi variés que possible. Il n’existe aucun medium, forme, matériau, sujet, idée ou autre que nous ne souhaitons montrer en particulier. Nous accordons une place importante à la diversité, les opinions divergentes sont très importantes. De plus, étant un lieu indépendant ne devant de compte à personne, n’ayant aucun objectif commercial ou autre obligation de faire de «l’art pour tous», nous pouvons programmer sans aucune restriction.

Chaque membre du collectif peut ainsi proposer différents types d’expositions. Les membres de Rua do Sol échangent collégialement au sujet des propositions et parce que nous sommes composés d’individus, il va de soi que les opinions et préférences divergent, mais le but est d’en discuter, de faire nous-même des contre-propositions. C’est certainement ce qui rend l’acte de programmer si particulier. 

L.B.R. —» Quelles pourraient être les spécificités de la scène artistique de Porto comparées à celles de Lisbonne? Comment vous situez-vous vis-à-vis de la capitale? 

L.A./R.d.S. —» Je n’ai personnellement jamais habité Lisbonne, mon opinion à ce sujet est donc purement circonstancielle. Je crois cependant qu’il existe un écart considérable entre Porto et Lisbonne, en partie dû à la méconnaissance qu’elles ont l’une de l’autre. C’est probablement la raison pour laquelle la réalité de ces deux villes est si différente. 

Nous ne sommes pas si éloignés géographiquement et pourtant, peu d’interactions ont lieu entre les artistes de la capitale et ceux de Porto. Nous faisons face à une curieuse situation compte tenu de la petite taille de la «scène artistique portugaise»… Lisbonne possède indéniablement plus de galeries, de musées, de lieux institutionnels et bénéficie de plus d’attentions de la part des médias. On y trouve également d’autres types de lieux qui m’intéressent particulièrement. Certains d’entre eux sont dirigés par des artistes dont le travail reflète bien les dynamiques culturelles de Lisbonne. Mais je ne voudrais pas trop comparer ces deux scènes, on ne parle certainement pas de la même chose et Lisbonne possède des spécificités culturelles et politiques bien à elle.

 L.B.R. —» Existe-il un quelconque soutien de la part d’autres institutions à Porto, qu’elles soient politiques ou liées à l’art contemporain? 

L.A./R.d.S. —» Nous ne recevons aucun support institutionnel, qu’il soit politique ou venant de l’art contemporain. Il ne pourrait de toute façon en être ainsi en raison de notre comportement amorphe. Nous nous greffons parfois à d’autres évènements à Porto, dans lesquels nous sommes invités en tant que collectif pour collaborer de différentes manières. Cela a été le cas lors de la Biennale de Maia l’année dernière et cette année à l’occasion du projet «Ao Monte» avec des lieux comme Maus Hábitos et Cooperativa Árvore.

 L.B.R. —» En tant qu’artiste, comment organisez-vous votre temps entre votre travail personnel et votre participation à Rua do Sol? Que signifie être artiste dans une ville comme Porto aujourd’hui?

 L.A./R.d.S. —» Je crois qu’être artiste aujourd’hui nécessite une grande capacité de déploiement dans de multiples champs. Il ne s’agit pas seulement d’être artiste et de faire partie d’un collectif qui dirige un lieu. D’autres occupations viennent s’y ajouter parce que nous devons tous trouver des solutions pour nous en sortir financièrement. La distinction entre ma pratique d’artiste et le temps que je consacre à Rua do Sol est poreuse, nous n’avons d’ailleurs pas de calendrier établi pour l’un ou pour l’autre. Nous nous réunissons quand nous sentons que cela est nécessaire. Bien que nous ayons tous des rôles et des responsabilités différentes au sein de Rua do Sol, nous n’avons pas toujours les mêmes fonctions. Quand un projet se présente, un ou plusieurs membres se chargent de le porter, d’une manière qui nous permet de ne pas perdre le fil des expositions qui ont été menées par d’autres. Notre implication en tant que «programmateurs», responsables d’un espace d’exposition ne se distingue donc pas de nos pratiques artistiques ou de la compréhension que nous avons du fait d’être artistes à Porto aujourd’hui. Porto est une ville composée de différentes strates concernant les activités culturelles, celles-ci allant du plus important projet artistique institutionnel à l’exposition d’artiste run-space la plus autonome. De même, il est toujours possible de faire de nouvelles découvertes à Porto, car la ville s’étend évidemment beaucoup plus loin que le centre. Cette reconnaissance périphérique donne un indice de l’arrière-plan socio-politique que nous ne devons pas oublier. 





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