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Les 10 ans de La belle revue entretien avec les directeur.rice.s

par Marina James-Appel

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Si depuis dix ans, La belle revue n’a cessé de diffuser, de confronter et d’interroger les pratiques artistiques d’un territoire dont les affinités courent jusqu’à l’international, elle est aussi le fruit de personnalités et de volontés croisées qui ont développé sa ligne éditoriale tout en traversant des conditions matérielles et politiques plus ou moins favorables. Cet entretien donne la parole à ces personnalités qui se sont succédées à la direction d’In extenso et de la revue éditée par le lieu d’art clermontois.

Marina James-Appel : Marc, aujourd’hui président d’In extenso, tu as fait partie de l’équipe qui a créé le tout premier numéro en 2009. En 2002, Sébastien Maloberti et toi, tous deux artistes, aviez fondé ensemble l’association In extenso qui organise depuis des expositions et publie différents formats éditoriaux. Pour commencer, peux-tu nous parler des conditions d’émergence de La belle revue au sein d’In extenso : quels étaient les envies et les besoins ? Comment ce projet a-t-il vu le jour ?

Marc Geneix : La création de La belle revue a fait suite à une série de tentatives initiées par Clermont Communauté qui souhaitait promouvoir les lauréat·e·s des bourses d’aides à la création.

De notre côté, nous sortions d’une expérience éditoriale collective stimulante, Ici Même, pendant laquelle Martial Déflacieux avait rejoint In extenso. L’idée d’une revue a émergé à ce moment-là ; nous avions fait une première tentative avec un projet de fanzine nommé Dazibao, en collaboration avec l’association le 13bis. Alors, quand Clermont Communauté a souhaité de nouveau trouver un moyen de promouvoir les artistes lauréat·e·s, nous avons proposé de créer une revue mixte dans laquelle il y aurait un espace pour eux·elles, en même temps que des comptes rendus d’expositions du territoire Centre-France… Ça a marqué le début de l’aventure : nous voulions parler d’un territoire, de ses expositions, résidences, artistes, et faire émerger son activité globale par la compilation de chacune de ces initiatives.

MJA Martial, pour le premier numéro, tu réalises un entretien avec Gaël Charbau à propos de la revue Particules, qui a disparu un peu plus tard. En filigrane de vos échanges transparaissent des enjeux qui sont aujourd’hui encore ceux de La belle revue, dont celui de gratuité. « La gratuité, ça ne paye pas » dites-vous, avant de souligner qu’elle implique à la fois une fragilité structurelle et une liberté éditoriale. Pourquoi ce choix pour LBR ? Quel regard portes-tu aujourd’hui sur les implications de cette gratuité ?

Martial Déflacieux : La gratuité est malheureusement le lot des initiatives peu plébiscitées. L’enjeu principal c’est la diffusion, son prix ; un soutien public qui garantit l’existence d’une culture diversifiée et accessible sur l’ensemble du pays. Aujourd’hui, l’important à mon sens est de ne pas se laisser enfermer dans une vision économique uniquement financière. Inventer des modèles d’échange, de soutien, et mettre en commun devient nécessaire. Ce qui signifie, par exemple, pour une revue, de penser sa diffusion sur un mode collectif pour en réduire le coût et étendre son audience.

MJA : L’édito de 2010 définit la revue comme « un outil de partage ». On y trouve des portfolios, des focus sur des artistes, mais aussi des facsimilés et des critiques d’expositions. La direction éditoriale se fond souvent au fil des pages, et cesse même volontiers d’en être une, notamment grâce à des cartes blanches et à des appels à contribution. Dès 2012, apparaît la rubrique « In situ » qui présente des interventions artistiques inédites. Comment avez-vous conçu cette articulation entre diffusion et création ?

MG : Nous voulions d’abord éviter que la revue soit une compilation de portfolios d’artistes, ce n’était pas le but. Quelques mois plus tôt, le projet Ici Même avait été l’occasion d’inviter des artistes à produire des œuvres dans l’espace d’un livre. Nous avons réitéré cette expérience dans La belle revue en demandant aux artistes de nous proposer des projets spécifiques.

Nous tenions aussi à ce que la revue soit une plateforme dans laquelle les rubriques servent les unes aux autres ; ne pas nous limiter au panorama d’une scène artistique locale, mais ouvrir sur toutes les initiatives émanant d’un territoire pour éveiller l’intérêt au niveau national, et ainsi promouvoir l’ensemble du territoire : les artistes et les structures. Nous avons d’ailleurs tout de suite choisi d’en franchir les limites administratives pour penser les choses en termes d’enjeux et de problématiques communes, hors des grands axes de la médiatisation de l’art contemporain. La belle revue a aussi été conçue comme un réseau, et cette dimension est aujourd’hui affirmée dans la rubrique « Global terroir ».

MD : Oui, il faut dire aussi que notre démarche n’a pas été entièrement prédéterminée. Nous avons appris par l’usage éditorial et fait des choix au fil de l’eau ; choix qui ont d’ailleurs été différents au fil des directions.

MJA : Depuis dix ans, des passerelles se sont parfois établies entre la programmation du lieu – qui bénéficie dès 2007 d’un petit local en centre-ville de Clermont-Ferrand –, l’espace éditorial de LBR – imprimé ou numérique –, et les lancements annuels hors-les-murs. Comment certain·e·s artistes ont-il·elle·s circulé entre ces espaces de différentes natures ?

MD : À vrai dire, nous n’avions pas vraiment pensé une articulation revue-galerie dans un premier temps. À cette époque, me semble-t-il, nous fonctionnions par projet, étape par étape, et pas forcément dans une cohérence globale. Nous avancions selon les expériences et, il faut le souligner, au fil des opportunités ouvertes par certaines aides fléchées, en particulier celle de l’agglomération. La belle revue est née parce que l’agglomération souhaitait ce type d’outil et pouvait en garantir le financement...

Benoît Lamy de La Chapelle : Les lancements hors-les-murs ont peu à peu été le moyen de faire connaître la revue au niveau national. La revue s’est rapidement intéressée à ce qu’il se passait autour de Clermont-Ferrand, en Limousin, à Saint-Étienne, à Pougues-les-Eaux ou à Bourges... Et si de nombreux·ses artistes basé·e·s en Auvergne étaient visibles dans ses pages, il convenait de distribuer la revue en dehors de ce périmètre, de la présenter à Paris, en Limousin d’abord, puis à Lyon par la suite. Il est certain que, petit à petit, à travers les comptes rendus d’expositions, les dossiers thématiques ou les créations in situ, de nombreux·ses artistes se sont vu·e·s soutenu·e·s par la revue, et les lancements offraient à beaucoup l’occasion de se retrouver, générant des rencontres et des échanges. Ils permettaient aussi de programmer les lancements suivants, soit parce que des lieux étaient intéressés par notre démarche et nous invitaient, soit parce que cela faisait sens vis-à-vis des choix éditoriaux. Ils sont aussi régulièrement l’occasion d’organiser des événements avec des performances ou des expositions (au MAC VAL, à DOC!, à la Salle de bains...) : une autre manière de mettre en avant le travail des artistes présent·e·s dans la revue.

Pietro Della Giustina : Oui, ça a été le cas notamment à l’occasion du lancement du neuvième numéro en collaboration avec DUUU radio. Nous avons organisé une « illustration sonore » du numéro en demandant à tou·te·s les contributeur·rice·s de nous proposer des chansons, des pièces sonores, des morceaux musicaux, des enregistrements ou des lectures à diffuser lors de l’émission radio et en live pendant le lancement. Au-delà de l’animation de la soirée, notre objectif était de montrer la personnalité des gens qui se cachent derrière un texte ou une proposition artistique. En leur permettant de sortir des pages de la revue, il s’agissait de montrer, non seulement le contenu du numéro (accessible online ou en version imprimée), mais aussi l’écosystème des personnes ayant participé à sa réalisation.

Presque tou·te·s ont accepté notre proposition avec intérêt, et nous avons collecté six heures de matériel sonore diffusé pendant l’émission, notamment grâce au DJ set de Marion Guillet inspiré par le dossier thématique « Avec ou sans engagements ».

MJA : Annabel, tu as assumé la direction éditoriale de LBR de 2013 à 2014. La revue interroge alors les relations que tisse le territoire couvert par LBR avec les problèmes soulevés dans les métropoles de l’art, soit pour commencer, celui de la non-reconnaissance des artistes femmes. Peux-tu revenir sur les raisons de ce choix ?

Annabel Rioux : En partant d’une conception de l’art comme irrémédiablement lié à ses contextes de production, il me semblait essentiel de soulever certaines problématiques telles que, effectivement, la place des artistes femmes et les relations centres/périphéries. Les acteur·rice·s de l’art, comme tou·te·s les agent·e·s sociaux·ales, sont condamné·e·s à reproduire les tendances dominantes s’il·elle·s ne les combattent pas activement au sein de leurs propres pratiques et modes de pensée. La période 2013/2014 a ainsi marqué un tournant où nous avons entrepris de favoriser une meilleure visibilité des artistes femmes, tant au sein de La belle revue que dans la programmation d’In extenso, tout en entamant une réflexion au long cours sur notre positionnement relativement marginal au sein du monde de l’art.

Pour ce faire, il me semblait essentiel d’ouvrir la direction de la revue à des personnalités extérieures, via un comité éditorial qui réunissait alors Franck Balland, Marie Bechetoille, Caroline Engel et Julie Portier, afin d’éviter un entre-soi sclérosant pour la pensée, et d’aller explorer d’autres territoires avec la création de la rubrique « Global terroir » dans la nouvelle formule.

MJA : C’est également sous ta direction que La belle revue change de forme et déploie dès le #5 une nouvelle identité graphique, conçue par le duo Syndicat. Pourquoi et comment celle-ci a-t-elle été définie ?

AR : Une revue dotée d’un seul numéro papier annuel se devait d’en faire un objet à part entière, et pas seulement une version imprimée du site internet actif toute l’année. L’approche de Syndicat me paraissait à la hauteur de cet enjeu, tout en étant dotée d’un ton décalé bien rare dans un milieu artistique qui a tendance à se prendre un peu trop au sérieux. Ainsi le choix d’intégrer des vues de nos paysages ruraux à l’identité graphique de la revue nous a permis de revendiquer avec légèreté notre éloignement des centres urbains.

MJA : Comment cette refonte a-t-elle été perçue ?

AR : Tout d’abord cette refonte n’aurait pu avoir lieu sans le soutien financier reçu via une campagne de crowdfunding menée à cet effet. Le succès de cette collecte a montré qu’un nombre suffisant de lecteur·rice·s étaient sensibles aux enjeux portés par La belle revue et souhaitaient la voir poursuivre son développement. La nouvelle formule a reçu un très bon accueil, même si on a parfois pu lui reprocher son côté un peu dense et touffu.

MJA : Benoît, la double casquette de la direction In extenso/La belle revue te revient de 2016 à 2018. Ton arrivée est concomitante à l’évolution des politiques culturelles qui impactent la diffusion de la création contemporaine : réorganisation des régions et ombre portée par fermeture de plusieurs lieux d’art français subissant la lente diminution des subventions. Comme tu le soulignes dans l’éditorial du #6, la revue n’en célèbre pas moins « la dextérité et l’aptitude des structures à se réinventer au fil des difficultés ». Comment ce contexte a-t-il traversé ton expérience et le contenu éditorial de La belle revue ?

BLdLC : La fusion des régions Auvergne et Rhône-Alpes a évidemment fait naître un débat au sein du comité éditorial. Fallait-il prendre en compte la fusion politique et ajouter cette dernière à la carte de La belle revue, ou fallait-il poursuivre le principe selon lequel la revue ne se calquait pas sur un territoire politique, mais sur un territoire artistique aux frontières souples et poreuses ? Certains, comme Franck Balland, pensaient que la revue ne devait pas suivre le territoire politique, ce que je pouvais bien comprendre. Mais je me disais que faire l’impasse sur le territoire Rhône-Alpes, étant donné qu’il ne faisait plus qu’un avec l’Auvergne, n’était pas une bonne solution. Après avoir sondé ses acteurs et ses actrices, j’ai senti que l’envie d’avoir une revue couvrant leur actualité et leurs activités était bien présente suite à la fin de 04, quelques années avant. En outre, ce territoire comptait de très nombreux lieux, dont beaucoup de petites structures correspondant bien à l’identité d’In extenso. Nous avions donc très envie de contribuer à leur donner un appareil critique. Il est vrai que la suppression des emplois aidés quelques temps après a été très néfaste pour cet écosystème de petites structures. Nous y voyions une raison de plus de soutenir les activités de nos pairs. Avec le recul, je pense que cela a bien pris, et que nos collègues rhônalpins ont apprécié d’apparaître dans les pages de la revue. Notons à ce sujet le partenariat avec Galeries nomades porté par l’Adéra et l’Institut d’art contemporain de Villeurbanne, qui nous ont demandé de faire figurer leur dernière édition dans nos pages : un « focus » leur a été consacré et témoigne de la confiance des structures rhônalpines dans la revue.

MJA : Comme tu le soulignes, le territoire que couvre LBR était d’abord étendu sur deux régions et trois départements avant de s’élargir vers la région Rhône-Alpes en 2017. Ce « Réseau Centre-Est-Ouest », parfois nommé aussi dans la revue « Territoire Centre-France » ou « Grand-Centre-France », n’est pas sans rappeler le « Territoire Mimétique de la République Géniale » que Robert Filliou plaçait au-dessus du sol, suivant une cartographie subjective. Quelles affinités (dés)unissent LBR aux lieux de ce territoire mouvant ? Comment les frontières se sont-elles définies et quelles ont été leurs évolutions en dix ans ?

MG : Sans qu’il s’agisse vraiment d’un territoire mouvant, nous nous sommes concentrés au début sur ce qui unissait les initiatives culturelles de territoires aux spécificités communes. En termes de financements, ce n’était pas forcément évident car nous étions à cheval entre plusieurs départements, mais cela a fonctionné. Nous sommes partis de l’analyse de notre propre territoire à Clermont-Ferrand et avons agrandi le cercle jusqu’à sentir que la réalité des territoires différait, sans nous préoccuper des frontières administratives. Nous avons dessiné une carte qui, en gros, reliait les territoires autour des villes de Limoges, Nevers, Bourges, Clermont-Ferrand, et Saint-Étienne. Nous avons ensuite affiné au fil des années, notamment en termes de structures participantes. Mais je peux dire que cette initiative a tout de suite rencontré l’enthousiasme tant au niveau des politiques publiques que des acteur·rice·s des territoires.

BLdLC : Oui, bien que la revue ait finalement intégré la région Rhône-Alpes, elle est restée fidèle à son principe de base, à savoir penser et se développer hors d’un territoire administratif et représentatif d’un localisme. Les artistes de passage (en résidence ou exposant) pouvaient être présenté·e·s/mentionné·e·s, et l’enjeu de la rubrique « Global terroir » est bien d’insister sur l’ouverture de la revue en pensant au-delà du concept de frontière (géographique, mais aussi de genre, de catégories diverses, etc.). Nous souhaitons aussi montrer à quel point les territoires décentrés peuvent être des lieux de passages, d’échanges et de vie artistique et intellectuelle. Je dirais qu’en dix ans La belle revue a bien appris à connaître artistes, acteur·rice·s et autres collègues du territoire et travaille à imaginer toujours plus de partenariats et d’échanges, donnant envie à de nombreuses personnes extérieures de venir voir ce qu’il s’y passe, et même parfois de venir s’y installer !

MJA : Pietro, c’est justement ton cas. Toi qui es issu d’un parcours international, qui étudies et travailles à Milan, Copenhague, New York et Paris, avant d’arriver en 2018 à Clermont-Ferrand, pourquoi as-tu fait le choix de quitter une capitale et comment as-tu vécu ce déplacement ?

PDG : En quittant Paris, j’ai découvert la France et l’effervescence artistique de sa périphérie. L’hypercentralisation et son offre artistique – parfois effrénée et boulimique – peut restreindre, voire empêcher beaucoup de gens de s’intéresser à ce qu’il se passe hors de la capitale, et qui n’est pas moins intéressant.

Je sens un engagement particulier à diriger un lieu et une revue en région : un engagement spécial envers nos visiteur·euse·s, les étudiant·e·s de l’ESACM, les habitant·e·s du quartier d’In extenso et les lieux d’art de notre région qui souvent déplorent un manque d’intérêt pour les lieux émergents de la part de la presse nationale spécialisée.

Un des projets qui m’a donné le plus de satisfaction cette année a été la fête de la musique du quartier organisée en collaboration par In extenso et les commerçant·e·s locaux·ales. Me retrouver avec les copain·ine·s du milieu artistique Bruno, Marie et Tom autour d’une table, avec Pierrick et Guillaume du magasin de vélo, les coiffeurs Nabin et Ahmed, Maryloo de la boutique vintage, Akim du Bric-à-brac, pour discuter de la logistique et des groupes de musique à inviter, montre comme l’art contemporain et ses acteur·rice·s représentent un outil pour connecter de gens de divers milieux et diverses cultures.

MJA : Pietro, quels sont les projets pour le futur de LBR ?

PDG : Il y a des projets futurs... et des ambitions ! Je suis très heureux car cette année, pour la première fois, nous avons mis en place un partenariat avec l’ambassade de France en Albanie, pays focus de la rubrique « Global terroir ». Cela a permis d’organiser un voyage de recherche pour le comité éditorial afin de rencontrer les auteur·rice·s qui ont contribué au numéro de cette année, ainsi que certain·e·s artistes de la scène albanaise. Cette année, nous ferons aussi un lancement de la revue à Tirana, et la rubrique sera traduite en albanais.

Je tiens beaucoup au développement de la rubrique « Global terroir » car nous permettons à nos lecteur·rice·s de se familiariser avec des scènes artistiques périphériques peu connues en France, comme celle de Cape Town, de Malmö, ou encore de Bangkok, en donnant la parole à des acteur·rice·s qui parlent de leur propre contexte.

Je travaille déjà sur un nouveau partenariat pour l’année prochaine et croise les doigts pour qu’il aboutisse !

Pour ce qui concerne les ambitions – pas trop utopiques j’espère ! –, il se trouve que depuis plusieurs années les différents directeur·rice·s cherchent à mieux structurer l’association, à trouver plus de moyens pour créer un poste de coordinateur·rice, afin d’alléger la masse de travail de la direction – parfois effrayante – et de mieux payer les contributeur·rice·s. Le milieu privé pourrait peut-être représenter un terrain exploitable pour lever des fonds supplémentaires.

MJA : En dix ans, la revue a été une plateforme où se sont croisé·e·s bien des artistes, contributeur·rice·s et lecteur·rice·s. Quels ont été les rencontres, les frottements ou les anecdotes qui ont marqué selon vous cette première décennie ?

MD : Tu me demandes quelque chose d’un peu difficile pour moi ! Je n’ai pas vraiment l’habitude de regarder hier (demain me semble si loin déjà)... J’ai tout de même une petite anecdote qui concerne le nom de la revue. L’agglomération nous avait mis sur la piste d’un projet éditorial et, dans le même temps, elle parlait beaucoup de labellisation. Pour être honnête, je n’ai jamais véritablement compris de quoi il s’agissait, l’idée a d’ailleurs progressivement disparu. En tout cas, à l’époque, ce terme n’arrêtait pas de revenir à mon esprit : « label, label, label » puis un jour je me suis dit : « La belle » et comme nous étions en train de créer une revue c’est devenu LBR. J’aime encore beaucoup ce titre, je trouve qu’il n’a pas mal résisté au temps.

BLdLC : Pour moi, ce sera le fossé énorme entre l’image extérieure d’In extenso et La belle revue, quasiment impeccable dans la manière dont elle est véhiculée par Internet ou par la revue papier, et l’extrême précarité dans laquelle se trouve depuis toujours l’association. C’est bien sûr le même constat dans toutes les petites associations s’activant dans le milieu de l’art contemporain, mais il faut quand même bien rappeler que tout le travail qui ressort de ces activités coûte énormément d’énergie à ceux·elles qui s’y emploient, afin d’arriver à de tels résultats. Je me souviendrai toujours de la dose de stress et d’adrénaline que pouvait générer la distribution parisienne annuelle de la revue dans les différents lieux. Entre les embouteillages, les klaxons, les engueulades parce qu’on ne se garait pas au bon endroit, les refus de certaines galeries de prendre les revues, le temps et le kilométrage limité de l’utilitaire de location à ne pas dépasser, tout en s’assurant d’arriver à temps au lieu de lancement pour tout préparer avant l’arrivée du public, je crois pouvoir dire que j’y ai fait des cheveux blancs !

AR : Je garde un très bon souvenir du lancement de La belle revue 2013 au MAC VAL, qui fut une occasion assez unique de déployer véritablement les potentialités de la revue dans l’espace, grâce aux contributions in situ de nombreux·ses participant·e·s de ce numéro. Je tiens par ailleurs à saluer la ténacité et l’engagement du comité éditorial et des directions successives qui sont parvenues à maintenir une réelle exigence dans les contenus, malgré une fragilité économique grandissante.

MG : En dix ans, nous avons rencontré et visité beaucoup d’artistes, de résidences, de lieux d’exposition associatifs ou institutionnels, de production, etc. Nous avons toujours reçu un accueil enthousiaste. Si le territoire commenté par la revue est circonscrit au Centre-France, sa diffusion est par ailleurs beaucoup plus étendue, notamment en région parisienne. Comme le souligne Benoît, nous assurions la livraison des exemplaires, et cela donnait lieu à des escapades de deux, trois jours en voiture où nous enchaînions les livraisons. C’était épique ! Ressortir une anecdote ou une rencontre serait oublier toutes les autres.

PDG : Plus qu’une anecdote, La belle revue cristallise pour moi un état d’esprit, une atmosphère consolidée d’intentions et de passion partagée pour ce que l’on fait. J’ai pris le poste très rapidement sans vraiment être formé mais Marie Bechetoille, Julie Portier, Sophie Lapalu et Benoît Lamy de La Chapelle, les formidables membres du comité éditorial, m’ont beaucoup aidé, suivi et soutenu. Après deux semaines, on aurait pu croire qu’on travaillait ensemble depuis des années. Nous sommes des personnes très différentes mais complémentaires, et c’est notre force ! La motivation et l’engagement envers les artistes et la recherche nous rassemblent et transcendent la précarité des conditions de l’association !

MJA : Un anniversaire est aussi l’occasion de formuler des souhaits ! Quels vœux souffleriez-vous sur les bougies de ce numéro ?

MG : Je pense qu’un poste salarié dédié à la revue soulagerait grandement In extenso, ainsi qu’un vrai espace de travail et de stockage pour les revues et la documentation. C’est le seul projet que nous n’avons pas encore pu mettre en place, et il reste majeur dans l’avenir de l’association et de la revue.

MD : Mettre des bougies sur la revue est une très bonne idée, cela pourrait faire quelque chose d’assez drôle... enfin il ne faudrait pas tout faire brûler tout de même ! Plus sérieusement, une des particularités de la revue c’est son terrain de jeu, un territoire Centre-France occupé par des régions qui pourraient malheureusement se tourner le dos après la réforme territoriale. Si LBR pouvait continuer à enrichir les liens entre des acteur·rice·s géographiquement assez proches, mais malheureusement plutôt invité·e·s à se consacrer à leur propre région ; ce serait déjà pas mal ! La cerise sur le gâteau (d’anniversaire) : un élargissement vers l’espace européen...

BLdLC : Je lui souhaite de survivre dix ans de plus ! Je trouve que c’est déjà un miracle qu’une telle revue, jouissant d’une telle liberté, puisse avoir existé aussi longtemps. Je pense que notre énergie doit se dépenser autant dans la qualité des contenus que dans le fait de convaincre nos partenaires politiques de son importance. Nous avons la chance d’avoir toujours été bien soutenu par Pierre Patureau-Mirand, Directeur de la Culture à Clermont Auvergne Métropole, et son équipe. Tant que de telles personnalités nous soutiendront, La belle revue aura une longue vie devant elle.

AR : Je souhaite à La belle revue d’avoir les moyens de continuer à se renouveler et se remettre en question tout en contribuant aux grands débats qui animent le monde de l’art.

PDG : Shume urime revistes se re ! Ce qui veut dire « bon anniversaire La belle revue ! » en albanais. Je souhaite à In extenso et à LBR d’être plus écoutés par les partenaires politiques. Le bénévolat ne peut pas représenter une formule durable !







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