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Carbone 18

par Benoît Lamy de La Chapelle

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Le format des biennales et autres manifestations culturelles de cette ampleur tendent à s’essouffler ces derniers temps : trop nombreuses, elles peinent à renouveler un discours normalisé et prévisible, perdent de vue la question du public et ne semblent plus s’adresser qu’à une cohorte de professionnels de l’art et de responsables politiques à la recherche de leur prochaine attraction touristique1.

Qu’à cela ne tienne, des structures associatives et des artistes de Saint-Etienne, bien connue pour sa biennale du design, se sont rassemblés pour proposer en avril dernier « Carbone 18 », une sorte de biennale se présentant en tant qu’ « évènement d’art contemporain », à petit budget, sans communication spectaculaire, mais bien présente dans la ville, répandue dans plusieurs lieux présentant de nombreux artistes dans le cadre de projets autonomes et singuliers, de jour comme de nuit. Ayant eu la bonne idée de partir de la scène et des structures existantes, Carbone 18 mettait en avant la plupart des lieux d’expositions associatifs très actifs de la ville tels que L’Assault de la menuiserie, Gran lux, Greenhouse ou encore les Limbes, tout en invitant des commissaires et artistes à investir des locaux commerciaux fermés afin d’y imaginer des expositions, notamment ceux de la rue de la République, une rue du centre ville posant problème parce que vide d’activités. Un des grands intérêts des biennales étant de découvrir des lieux insolites, Carbone 18 ne décevait pas tant il était passionnant d’entrer dans ces locaux et de découvrir des espaces étranges, souvent inattendus derrière de ternes vitrines. Dans ce cadre, étaient orchestrés des dialogues entre les œuvres et les spécificités architecturales et décoratives des lieux ayant perdu leur fonction originelle, comme dans l’exposition Fausse couche curatée par ZZ Studio (Lyon) où il était difficile de distinguer les œuvres de leur environnement tellement ces dernières en adoptaient les mêmes codes formels ou chromatiques. Jouant sur le monochrome et les formes minimalistes du design désuet d’un ancien institut orthopédique, les œuvres choisies semblaient intégrées au lieu et transformaient la visite en une sorte de curieuse « chasse à l’œuvre ». On y découvrait, entre autres, les œuvres de Simon Feydieu, Nadia Guerroui, Frédéric Houvert jusque dans les vitrines où été suspendues les langoureuses sculptures textiles de Caroline Saves. À deux pas, le collectif Maison pieuvre proposait l’exposition Speed Data base adoptant les codes du speed-dating dans un espace restreint qui aurait pu être une société d’assurance. Séparé en deux, sa première salle faisait dialoguer avec brio des très belles pièces de Benjamin Collet, Lucille Uhlrich, Nicolas Momein, Remi dal Negro ou encore Ceel Mogami de Haas alors que la deuxième proposait des éditions, redoublant l’ambiance « bureau postmoderne » qu’illustrait très bien une série d’images encadrées de Florent Meng.

D’autres bonnes surprises venaient des Limbes ; le lieu accueillait le collectif parisien DOC dont plusieurs membres présentaient des œuvres individuelles ou collectives rassemblées sous le thème de la famille Verney Carron, dont une série d’impressions était liée à l’actualité politique, la contestation récente et la fabrication des flashballs ant-émeute… Gran Lux proposait de son côté une rare et appréciable rétrospective des films (celluloïd !) de Paul Sharits, cette association œuvrant à présenter exclusivement des films d’artistes sur ce medium.  

La fraîcheur de cette biennale venait de sa simplicité – bien que d’une organisation conséquente très bien menée par sa petite équipe – d’un bon maillage du territoire, de sa diversité et de la qualité des projets proposés ; mais aussi de son côté « maison », convivial et à taille humaine. Son originalité venait également du fait qu’elle donnait l’impression d’une exposition d’artist-runspace à l’échelle d’une ville, chose rare puisque ces structures sont en général très limitées en terme de moyens financiers.  En assurant un projet impliquant ses structures locales, Carbone 18 réussissait là où la majorité des biennales et leur ville d’accueil échouent, à savoir s’appuyer sur le réseau des petites structures existantes pour assurer un ancrage dans son contexte urbain et promouvoir le travail de terrain fournit par celles-ci, bien au-delà des dates de grandes messes culturelles. Souhaitons donc à Carbone 18 de réunir tous les moyens nécessaires à l’organisation d’un deuxième volet en 2020.

Note

  1. Susanna von Falkenhausen, “Biennials at an Impasse”, dans Frieze, septembre 2018, p. 158-162.




Carbone 18
Evénement d’art contemporain
24 expositions dans divers lieux, Saint Etienne
27.04 > 06.05.2018 
www.carbone18.com

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Benoît Lamy de La Chapelle carbone 18



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