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Entretien avec Pedro Barateiro

par Yoann Gourmel

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Le travail de Pedro Barateiro (né en 1979 à Almada, Portugal, vit et travaille à Lisbonne) offre une vision de l'état de la culture occidentale à l'ère du capitalisme tardif : il aborde notamment la façon dont les structures économiques façonnent et se nourrissent de notre vie quotidienne, nos comportements, notre vocabulaire et nos imaginaires. À partir d’images tirées de la culture populaire, de faits historiques, de textes littéraires et théoriques ou encore d’objets glanés dans différents contextes, Pedro Barateiro sonde les relations et la circulation entre la politique et la fiction, l’oralité et l’écriture, le corps et le corps politique, inscrivant ses œuvres dans une lecture critique des récits néocoloniaux et des effets de la globalisation. Il revient dans cet entretien sur son exposition Dancing in the Studio qui s’est tenue à l’espace d’art contemporain Néon, à Lyon, du 10 février au 15 avril 2017.

 

Yoann Gourmel : Pourrais-tu  pour commencer revenir sur le titre de cette exposition ?

Pedro Barateiro : Dancing in the studio est le titre d’une œuvre de 2015, que j’ai par la suite intégrée à un groupe de sept panneaux photographiques intitulé Dancing in the Studio (Protest) présenté dans une exposition réalisée avec l’auteure et poétesse Quinn Latimer en 2016 à REDCAT à Los Angeles. Les images ont été prises il y a quelques années lorsque je travaillais dans un atelier situé sur l’Avenida da Liberdade à Lisbonne. De grandes bandes de linoléum noir recouvraient le sol de l’une des pièces et un jour, sans trop y penser, j’ai commencé à les peindre avec de la peinture acrylique blanche. Après avoir recouvert toute la surface, environ quatre mètres par cinq, j’ai ressenti le besoin de marcher dessus et j’ai commencé à effectuer des mouvements de danse désordonnés sur la surface peinte. Cela n’a duré que deux minutes mais c’était vraiment intense. J’avais un peu le tournis. Mes baskets étaient recouvertes de peinture. Je me suis écarté et j’ai regardé ce sol tandis que la peinture séchait. J’ai alors pris mon téléphone et fait quelques photos de l’ensemble et de quelques détails. Les sept photographies de détails sont celles qui sont utilisées dans Dancing in the Studio (Protest). Elles témoignent d’une action réalisée autour de novembre 2013. À ce moment-là, à Lisbonne, les manifestations contre l’austérité étaient fréquentes et certaines d’entre elles passaient par l’Avenida da Liberdade.

YG : Cette œuvre souligne la relation entre un individu, un corps menant une action dans un espace privé (peindre / danser dans l’atelier) et le corps politique ou l’action collective dans l’espace public (les manifestations dans la rue). Comment entrait-elle en dialogue avec les autres pièces présentées à Néon ?

PB : Cette pièce occupait l’espace central de l’exposition du fait de ses dimensions, mais c’était délibéré. La relation avec les fenêtres était importante à souligner. Mon idée consistait à présenter une grande œuvre dans un espace assez réduit pour donner la sensation de tester les limites physiques de l’espace. Dancing in the Studio (Protest) adresse ce besoin d’agir au sein d’un espace défini et la nécessité d’aller au-delà. Les tirages au mur contrastaient avec le parquet en bois et en même temps, celui-ci donnait l’impression au visiteur d’être dans une salle de répétition, un studio de danse. La mise en relation de la pratique d’un corps individuel avec le collectif ou le groupe était primordiale dans cette pièce et cette exposition. C’était le cas dans d’autres œuvres présentées comme Prova de Resistência (Endurance Test), (2012), mais aussi dans une nouvelle pièce intitulée Relaxed Systems (2017), qui est une des premières œuvres d’un nouvel ensemble dans lequel j’utilise des découpes de lettres peintes sur de la toile que j’accroche à différents objets ou à des structures métalliques. À Néon, j’ai utilisé un cintre en métal que j’ai trouvé sur place.

YG : De quelle façon ce nouvel ensemble s’articule-t-il à la question de l’individu face au collectif ?

PB : Décider quel mot utiliser dans ces nouvelles pièces est très compliqué. J’ai employé des termes comme Data, Systems, Economy, Algorithm qui représentent une sorte de structure immatérielle qui fait partie de notre vie quotidienne. Ces mots incarnent quelque chose de structurel et d’invisible auquel nous sommes forcés de nous ajuster. Ces œuvres reflètent également l’importance grandissante des mots dans nos systèmes communicationnels, c’est-à-dire, dans la façon dont le capital et les grandes entreprises tirent profit de nos échanges en ligne. Je pense souvent à la vie et au travail d’Aaron Swartz et à son combat pour un accès libre à l’information. Son travail et sa façon d’envisager la production de la connaissance aujourd’hui m’ont inspiré.

 

 




Pedro Barateiro - Dancing in the Studio
10.02 › 15.04.17
Néon, Lyon



—» http://labellerevue.org/fr/critiques-dexpositions/2017/category/neon



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