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Les silences éloquents de Dominique Petitgand

par Anne-Sophie Miclo

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Le bruit d’un impact électrique, une voix, un murmure, des silences, des souvenirs, un sifflement errant – semblant répondre au clapotis de l’eau –, voici, en substance, ce qui compose l’exposition de Dominique Petitgand au Centre International d’Art et du Paysage de Vassivière.

Si elles ne donnent, à priori, rien à voir – si ce n’est le lieu exceptionnel dans lequel elles prennent place –, les installations sonores de Dominique Petitgand donnent à entendre «des récits et des paysages mentaux» que chaque auditeur est libre de se figurer ou non.

L’artiste enregistre et rassemble depuis 1992 des fragments vocaux ou musicaux qui sont autant de matériaux servant à composer ses œuvres. Ces fragments sont alors isolés, questionnés ou associés à d’autres et présentés au public sous de multiples formes : installations sonores, disques ou encore séances d’écoute dans l’obscurité.

Si l’artiste considère que «le son est toujours au service d’une histoire que l’on raconte», on trouve pourtant dans ses œuvres sonores peu, voire pas de récits linéaires, mais des sons et des voix qui leurs confèrent une échelle humaine. La plupart des pièces qu’il propose suggèrent une approche sensible, progressive à travers ces compositions éclatées, distendues ou suspendues. Une narration que l’artiste compose avec des mots, des bribes de phrases entrecoupées de silences et qui deviennent alors autant de fictions possibles. On parcourt les salles et les œuvres, les unes après les autres, puis l’assemblage prend forme au gré du cheminement et de l’appréhension des installations sonores. Cette histoire en devenir, c’est le visiteur qui la bâtit pour lui. Cette liberté est inscrite dans l’espace : pas de banc pour les auditeurs, pas d’information de durée, pas de début, pas de fin, pas de point d’écoute privilégié. L’artiste présente des histoires toutes effilochées qu’on ne saurait parfois situer. Pour cela, il multiplie les points d’écoute et associe différentes temporalités, différents rythmes, pour renforcer l’illusion atemporelle, cet hic et nunc dans lequel on se trouve. En effet, seul le flux sonore crée la temporalité et celui-ci est sans cesse stoppé ou recomposé par l’artiste afin d’en modifier la perception. Son élasticité apparaît alors comme une évidence. Lors de sa déambulation, l’auditeur est libre de découvrir une exposition au déroulé perpétuellement nouveau, en fonction de l’endroit où il se place pour l’écoute et du temps qu’il consacre à chacune des œuvres.

Ces récits possibles et quasi oniriques sonnent dans l’espace et résonnent en nous par ce basculement de l’inconnu au familier. Les œuvres évoquent des états mentaux tels que la peur, l’oubli ou encore le souvenir. Ces récits sont souvent basés sur le quotidien, parfois ambigus ; on ne les comprend pas toujours, comme si quelque chose cherchait à nous échapper et pourtant tout est là. Le silence s’écoute, les mots et les bruits jaillissent. 

Les silences occupent une place centrale dans ses pièces sonores et sont une zone de perméabilité entre l’œuvre et le contexte de présentation. Durant ces interstices, on entend les pas des visiteurs, notre propre souffle, l’attente, les silences, les mêmes que dans la vie quotidienne, parfois gênants, parfois éloquents. Ces silences nous font être à l’écoute mais nous invitent surtout à attendre «la suite». Avec ce dispositif, l’espace d’exposition devient alors un espace sensible au service des œuvres.

Dans l’exposition «Il y a les nuages qui avancent», tout commence avec cette voix qui émerge du haut du phare parmi les bruits régnants. Elle attire le visiteur, elle semble l’appeler et devient de plus en plus forte et distincte au fur et à mesure de l’ascension. Arrivé au sommet de l’escalier en colimaçon, et toujours en résonance avec les bruits diffusés en bas qui s’estompent, le visiteur écoute l’histoire que lui conte la voix, celle des liens invisibles : «de cette difficulté à les définir, à dire sa place parmi un ensemble de choses, de personnes ou d’instances, un tout dont nous ferions partie»1.

L’expérience se poursuit jusque dans le bois de l’île. Là, au bord du lac, Dominique Petitgand a installé Je siffle au bord du quai, une œuvre sonore composée d’un sifflement entrecoupé par le passage d’un train à grande vitesse. Cette création entre, une fois encore, en résonance avec le site au milieu duquel elle prend place et permet à tout ce qui est extérieur à l’œuvre d’exister. Ainsi, les bruits de l’eau ou de la forêt répondent au sifflement et occupent une place considérable dans le cheminement mental du visiteur.

De salle en salle, le public collecte, ici et là, les bribes sonores ou musicales qui jalonnent l’espace. Le parcours de l’exposition s’achève par l’écoute de l’œuvre Il y a, ensuite (1994), la seule qui a un début et une fin, même si les motifs rythmiques de celle-ci se redéfinissent sans cesse et que la fin varie en fonction du moment d’écoute. Cette œuvre serait-elle la somme des étapes précédentes qui prennent enfin forme ?

La relation avec l’œuvre est frontale, les deux voix sont diffusées à hauteur d’oreilles. Les yeux rivés sur l’horizon – par la lucarne donnant sur le lac – , le visiteur se retrouve comme happé et écoute dans cette mise en scène quasi théâtrale la description d’un paysage possible. Le titre de l’exposition est d’ailleurs issu de cette œuvre sonore. Le visiteur se laisse alors emporter par ce récit dans lequel «il y une maison et une dame en train d’éplucher des pommes de terre»2. Ensuite ?
«Une espèce d’île qui sort de la mer et puis c’est tout»2.




« Il y a les nuages qui avancent »
Centre International d’Art et du Paysage de Vassivière
22 mars > 21 juin 2015

www.ciapiledevassiviere.com

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Dominique Petitgand Anne-Sophie Miclo
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