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A l'occasion du festival pluridisciplinaire Nouveau siècle, le musée d'art moderne de Saint-Etienne propose cette saison une programmation centrée sur la création new-yorkaise. En parallèle des figures de proue que sont Joel Shapiro et Peter Halley, une exposition collective présente le travail de dix jeunes artistes new-yorkais, avec une préférence affichée pour la peinture et le dessin.

Une jeune création New Yorkaise en demi-teinte à Saint-Etienne

par Gwilherm Perthuis

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Le Musée d’art moderne et l’Opéra Théâtre de Saint-Étienne sont associés pour la première fois dans le cadre du festival pluridisciplinaire Nouveau siècle mêlant arts visuels, danse, et musique... L’édition 2014 intitulée «The New York Moment» valorise quelques aspects de la création new yorkaise des années 1960-1970 tout en essayant de mesurer son influence et ses traces jusqu’au début du XXIe siècle. Dans cette perspective, le minimalisme occupe une place prépondérante : Philip Glass a donné un concert en janvier 2014 et le Musée propose quatre expositions complémentaires autour des figures américaines majeures et d’une jeune scène contemporaine. Lorand Hegyi, directeur du musée, profite de ce focus pour réaccrocher une sélection des plus belles pièces minimalistes ou Colorfield des collections stéphanoises. Deux sculptures de feutre de Robert Morris, plusieurs peintures de Morris Louis, une magnifique Shaped Canvas des années 1960 de Frank Stella ou des modules de Donald Judd constituent un panorama historique de l’art américain. Quelques sculptures de Joel Shapiro se déploient dans le gigantesque volume de la salle centrale – on reste un peu sur sa faim, tandis qu’un vrai parcours est consacré aux peintures de Peter Halley réalisées depuis 2000. Dans des grands formats structurés par des systèmes de grilles ou de fenêtres, Halley procède à une fusion entre un héritage reçu de la peinture abstraite américaine et une relecture du Pop Art. La disposition des peintures dans l’espace est très réussie. Les recherches formelles sur les contrastes entre les couleurs, sur les oppositions de textures, et sur les frontières entre formes géométriques et représentations sont extrêmement lisibles.

En contrepoint des projets orientés en direction des productions historiques, les salles habituellement dévolues à la présentation des collections accueillent la très inégale exposition Jeunes créateurs à New York. L’une des forces de Lorand Hegyi est sa capacité à imaginer des programmes d’expositions complémentaires : étendre la saison new yorkaise avec une section focalisée sur dix jeunes artistes ayant émergé dans les cinq dernières années était a priori une idée passionnante et pertinente. Toutefois, l’exposition manque de cohérence et se résume à un catalogue d’œuvres arbitraire que le rapprochement spatial ne valorise pas. Une tendance pour les arts graphiques semble se dégager de cette sélection dont le fondement n’est pas véritablement explicité et qui semble davantage dépendre des relations établies avec certaines galeries (Zürcher New York, par exemple), que d’une exploration dans les ateliers new yorkais. La si désagréable impression de déjà vu est pesante durant tout le parcours. Les choix en matière de peinture, en particulier, auraient pu se porter sur des recherches formelles plus stimulantes. Il est assez décevant de constater que la qualité globale de l’exposition n’est pas supérieure à un accrochage d’étudiants sortant d’une école d’art française.

Évoquons tout de même succinctement les travaux qui nous ont paru les plus intéressants. Daniel Arsham (1980) présente une série de dessins à l’encre et à la gouache sur papier calque inspirée par les têtes monumentales sculptées de l’Île de Pâques ainsi qu’un très beau cube en polystyrène ajouré et percé de galeries qui feint parfaitement les potentialités d’un bloc de marbre. Dans les deux cas, il est question de l’incidence de la main de l’homme sur la nature productrice des matières premières. 
Les motifs des dessins de l’artiste d’origine italienne Davide Cantoni (1965) sont produits par de légères brûlures. Cantoni puise des photographies dans le New York Times, les transpose au graphite sur des feuilles de grand format, puis brûle légèrement les traits à l’aide d’un verre grossissant traversé par les rayons du soleil. L’iconographie violente et dramatique tranche avec la subtilité, la délicatesse et la fragilité du dessin. Il nous interpelle sur la question de la mémoire des images de presse qui nous abreuvent quotidiennement, mais que l’on oublie extrêmement vite. Cantoni joue d’ailleurs sur le double sens du terme «to burn» qui signifie à la fois brûler et graver (enregistrer).
Deux tables remplies de livres/objets conçus par Brian Belott (1973) figurent certainement parmi les choix les plus judicieux de l’exposition tant pour les liens que ce travail entretient avec l’esprit des années 1960-1970 que pour son intérêt plastique intrinsèque. Les faux livres composés de papiers découpés aux motifs abstraits, de matières brillantes ou métallisées, et de pages arrachées dans des magazines sont autant de transcriptions visuelles de compositions musicales : Belott revendique d’ailleurs un intérêt pour le sampling et le free jazz. L’ensemble des objets présentés sur une table, à mi-chemin entre détournement du scrapbooking et références ironiques à la peinture néo-pop, fonctionne d’ailleurs comme une sorte de partition dont le rythme est impulsé par le regard du spectateur.

Originaire des Philippines, installée à New York depuis quelques années, Bea Camacho (1983) se propose de rendre compte par la photographie et la vidéo d’une performance d’une durée de onze heures intitulée Enclose, qui consiste à se tricoter un cocon de laine rouge sur soi jusqu’à s’y enfermer complètement et à s’y endormir. Six photographies sans qualités particulières documentent les étapes de la performance et la vidéo diffusée sur un petit écran montre Bea Camacho entre train de tricoter dans une position inconfortable. Ce projet sur l’ambiguïté entre enfermement, privation de liberté et recherche de protection et de sécurité, qui rentre en résonance avec l’expérience d’émigration que l’artiste a vécue jeune, mériterait une médiatisation à travers des formes plus soignées.

Enfin, les dessins de grands formats de Matt Bollinger (1980), inspirés par les codes esthétiques et par les cadrages du cinéma, valent la peine d’être considérés. La qualité du travail au graphite est mise au service de situations narratives dérangeantes et marquées par l’incertitude. Le plus important dessin réalisé à traits énergiques pose une situation, un événement, un temps suspendu dont on ne comprend pas la signification. L’œuvre graphique trouve son prolongement dans un magnifique enregistrement à écouter au casque – la voix de l’artiste, d’un timbre intéressant – où la situation péri-urbaine a priori banale se transforme peu à peu en un fait divers atroce que la dimension fictionnelle ne permet pas d’élucider.

Nous regrettons que cette exposition sur la jeune création active à New York aujourd’hui n’ait pas été plus finement élaborée, qu’elle inclut des pièces trop faibles et que l’articulation entre les œuvres soit quasiment inexistante. Cet événement semble d’ailleurs quelque peu marginalisé : aucun document n’a été édité spécifiquement pour «Jeunes créateurs à New York» alors que le musée fait par ailleurs d’importants efforts concernant la médiation.




« Jeunes créateurs à New York »
Musée d’art moderne de Saint-Étienne
18 janvier > 4 mai 2014

www.mam-st-etienne.fr

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—» Musée d'art moderne et contemporain - Saint-Etienne



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