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Le commissaire britannique Matt Packer a été invité à concevoir la programmation de Treignac Projet pour la période 2013-2015. Dans cet entretien, il évoque l'exposition « O Chair O Flesh » qui a inauguré cette période, et détaille la manière dont son projet a été influencé par le contexte particulier qu'est ce lieu d'expérimentation artistique situé en Limousin.

O chair O flesh — entretien avec Matt Packer

par Sabrina Tarasoff

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Sabrina Tarasoff : Commençons avec le titre de l’exposition, «O Chair O Flesh», d’où vient-il ?

Matt Packer : Beaucoup de gens semblent intrigués et déroutés par ce titre. Il s’agit d’une sorte de monstre de Frankenstein de nombreuses idées à propos du corps, ainsi qu’une tentative de nous observer avec la même objectivité que nous appliquons aux animaux et à la viande. Le corps humain et ses limites est une importante thématique de l’exposition. Le titre est aussi, très simplement, une mise en miroir du français et de sa traduction anglaise.

ST : Cette exposition s’inscrit-elle dans un programme plus vaste ?

MP: Oui, le programme consiste en une grande exposition collective («O Chair, O Flesh») accompagnée d’une succession d’expositions personnelles (Bea McMahon, Morten Torgersrud, Ria Pacquée, Florian Roithmayr). Tous ces artistes sont également présents dans l’exposition de groupe, de telle sorte que les thématiques de l’exposition évoluent continuellement, réorientées par les présentations personnelles.

ST : Comment êtes-vous devenu impliqué dans la programmation des expositions de Treignac Projet ?

MP : Mes relations avec Treignac Projet remontent à 2008. J’ai d’abord participé à un projet intitulé «The New International School», une sorte d’école d’art expérimentale qui s’est tenue pendant quelques semaines chaque été. A l’époque je vivais en Irlande, j’étais conservateur de l’art contemporain dans une institution publique. Treignac Projet représentait alors une approche très différente de la réflexion sur l’art et ses divers modes d’institutionnalisation (de l’éducation à l’activité d’exposition).
Cela a abouti à d’autres implications avec Treignac Projet. En 2012, j'ai organisé une exposition intitulée FWA: Freeing Welsh Architecture, qui était composée de photographies d’archives utilisées par la police de Dyfed-Powys1 pour incriminer un groupe de militants gallois, présentées aux côtés d’œuvres de l’artiste gallois Bedwyr Williams.
Pour élaborer cette exposition, j'ai travaillé en étroite collaboration avec Sam Basu (artiste et co-fondateur de Treignac Projet) ; nous avons alors commencé à discuter des potentiels et des enjeux politiques dans le fait de travailler dans un territoire périphérique. Ces échanges ont conduit Sam à m'inviter pour la programmation des expositions à Treignac Projet sur une période de trois ans, de 2013 à 2015. «O Chair O Flesh» ainsi que les expositions individuelles qui l’accompagnent constituent la première de ces trois saisons.

ST : Comment avez-vous ressenti le fait de travailler dans le village reculé de Treignac ? 
À quels défis avez-vous dû faire face en travaillant avec des ambitions locales et internationales?

MP : «O Chair O Flesh» était une tentative d’explorer ces questions. Il est indéniable que Treignac est un village isolé dans une région très faiblement peuplée, même à l’échelle européenne.
J'ai développé l'exposition à travers trois références «locales», devenues le cadre initial du travail curatorial :
Tout d’abord, la Vézère, qui s’écoule juste devant Treignac Projet. C’est précisément cette vallée que Georges Bataille avait baptisée «le berceau de l’humanité», en référence à l’homme de Cro-Magnon qui vécut sur ce territoire ; il s’agit d’une période importante tant sur le plan de la révolution agricole que de la représentation artistique.
Ensuite, il y a la vache Limousine que l’on voit partout ici, et qui s’avère être une race rustique capable de s’adapter à différentes conditions climatiques, elle est ainsi élevée dans de nombreuses régions du monde tout en restant liée à la région Limousin grâce à son nom.
Enfin, à l'extérieur de Treignac Projet il existe une plaque à la mémoire d’Ignace Dumergue, un éleveur de bovins du village de Treignac engagé politiquement, il fut tué sur les barricades à Paris durant la Révolution de 1830.

Tous ces éléments sont des références «locales», mais ce qui les constitue nous mène rapidement vers des définitions plus larges du territoire et de l’histoire. J’aime penser que l’exposition «O Chair O Flesh» n’est pas régie par une opposition binaire entre d’un coté le local, et de l’autre, le global ou l’international. Il existe une approche plus analogique et tactile de ce que recouvrent ces termes.
En d’autres termes, «O Chair O Flesh» est une exposition présentant des artistes qui produisent dans un large éventail de contextes, à la fois géographiques, générationnels et discursifs – depuis Allan Sekula à Los Angeles, jusqu’à Anne de Vries à Berlin.
Le public de Treignac Projet est un mélange de touristes curieux, d’écoliers et d’amateurs d’art contemporain, comme la plupart des institutions artistiques, bien qu’à une échelle moindre.
Il est également important de mentionner les différents workshops thématiques autour de sujets allant de l’architecture à faible densité au réalisme spéculatif ou magique. Ceux-ci sont hébergés et mis au point à Treignac Projet, ils permettent ainsi au programme d’expositions de toucher d’autres publics et d’être ouvert à de nouvelles perspectives.

ST : Pouvez-vous nous parler de votre relation de travail avec les artistes pendant l’élaboration de l'exposition?

MP : Je pense qu'il est important d'avoir différents types de relations avec les artistes. Il y a des artistes dans « O Chair O Flesh », avec lesquels je n’étais impliqué que de manière lointaine, comme Allan Sekula. J’étais intéressé par la vidéo d’Allan Performance Under Working Conditions, et les possibilités de ré-appréhender ce travail à travers certaines idées du corps, de la performance et de la mémoire culturelle, qui ne sont généralement pas associées ou déclarées comme telles dans sa pratique. Cependant, j'ai pu travailler très différemment avec un artiste comme Florian Roithmayr. J'ai collaboré avec Florian régulièrement au cours des dernières années, je pense que nous avons une forte relation de confiance dans le sens où nos idées se propagent et se partagent. Florian a séjourné à Treignac Projet pendant une période de trois mois, il avait donc une bonne compréhension de Treignac Projet et son étrange mode de fonctionnement.




« O Chair, O Flesh »
Fabienne Audéoud, Fleur van Dodewaard, Christian Jankowski, Bea McMahon, Kaspar Oppen Samuelsen, Ria Pacquée, Xavier Ribas, Florian Roithmayr, John Russell, Allan Sekula, Morten Torgersrud, Francis Upritchard, Anne de Vries

Commissaire : Matt Packer
Treignac Projet, Treignac
25 mai > 29 septembre 2013

www.treignacprojet.org

Propos recueillis par Sabrina Tarasoff et traduits de l'Anglais par Antoine Doolaeghe

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