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Le récent succès de l'artiste anglais invité cet été à investir l'île de Vassivière, indique un intérêt renouvelé pour une pratique de la sculpture qui se mesure à l'héritage moderniste, en faisant la part belle au travail de la matière ainsi qu'a la figuration.

Thomas Houseago

par Caroline Engel

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 L’exposition personnelle de Thomas Houseago déborde sur tous les espaces, s’installe partout : dans le centre d’art, le phare, sur l’île et le lac.

La sculpture de Thomas Houseago procède de la matière, du geste qu’on devine ou interprète rapide, franc, dynamique, volontaire ; incarné. Un geste qui traduit l’avidité de faire, de donner formes à des objets, des personnages pour faire exister un monde à part entière, un univers esthétique singulier.

Ce travail très narratif est enjoué, voire même festif et n’en finit plus de raconter. Il raconte ou rappelle les formes et problématiques des artistes des avant-gardes ; les formes éclatées cubistes, le découpage anguleux des papiers découpés de Matisse mais sans la couleur. Car la couleur est absente des sculptures de Houseago. La plupart sont blanches. Ces sculptures sont marquées par le rythme de la composition. Elles se structurent sur des mouvements souvent saccadés qui en donnent une lecture dynamique, mais également impromptue. Les œuvres requièrent une lecture lente et attentive car la surprise est partout. Dans la découverte des interstices, des jointures laissées apparentes, des creux, des pleins et des coupes plates qui viennent, parfois, rompre une première lecture en ronde bosse. Elle est également dans l’intérêt renouvelé pour des sujets peu représentés aujourd’hui dans l’art ; la figure humaine ou animale, expressive, naïve, parfois brute.

Les sculptures se donnent pleinement au lieu qui les accueille et à qui veut les regarder, tourner autour, les faire siennes. La mise en espace qui induit une déambulation constante permet de renouveler l’appréhension de chaque sculpture et ainsi découvrir tous les aspects des œuvres.

On entre dans l’exposition en passant sous un arc de triomphe ; un choix fort qui marque physiquement l’entrée dans l’univers singulier de l’artiste. D’un côté, l’envers du décor où tous les assemblages et les éléments constitutifs de la sculpture sont laissés volontairement apparents, de l’autre, deux personnages en relief, «finis», qui ne laissent pas présager de ce qui se passe derrière eux. J’y vois un clin d’œil notoire à la pratique classique de la sculpture en relief pratiquée au XIXe siècle jusqu’à Rodin qui, avec La Porte de l’enfer, rompt avec ces préceptes du relief (qui devait toujours suggérer ce qui se passait derrière les figures représentées…), mais aussi une mise en abîme, lancée au spectateur, de toutes les autres pratiques de la sculpture que l’artiste rejoue dans son travail.

Presque toute l’exposition se déroule ainsi, entre apparence première et découvertes. Les sculptures dans la première salle se déploient dans l’espace non sans rappeler les galeries de sculptures antiques ou classiques des musées. Les trois «têtes», figures totémiques qui dialoguent avec une série de vingt gargouilles au Musée des Augustins, dans le cadre du Printemps de Septembre à Toulouse renforcent ce désir de dialoguer avec des pratiques plus anciennes. Sans doute, aussi, une façon d’inscrire son travail dans une histoire.

Très vite, la démesure de la forme, la matière ostensiblement travaillée, le geste assuré, le processus de fabrication apparent, l’intérieur même des sculptures accessible font de ces sculptures des œuvres à toucher, à embrasser physiquement. Les sculptures induisent une proximité. L’artiste ne met jamais le spectateur à distance, bien au contraire. C’est comme s’il l’impliquait dans ses œuvres, s’il le faisait entrer dans le processus de fabrication. A Toulouse, toujours, l’artiste autorise et encourage même le public à toucher ses sculptures.

La maîtrise apparente des techniques, des outils, l’attention portée au socle marquent l’identité d’un sculpteur pour qui l’énergie créative est au cœur de la forme et la sculpture l’expression d’un objet fini et autonome. Chaque sculpture renvoie à un monde en soi. Leur unicité et indépendance font d’elles des citations ou des objets évadés d’une mythologie en construction de l’artiste.

Thomas Houseago a un travail physique, ancré dans la matière, dans le geste, le poids du «faire» qui se joue du rapport ancestral de la sculpture avec le savoir-faire. Il ne cherche pas la perfection du sujet représenté mais son expression énergique et vitale absolue. C’est une position pleinement assumée et non sur-jouée, entre culture classique et populaire, dans une société atteinte de sinistrose aigüe...




Thomas Houseago
« What Went Down »
Centre international de l'art et du paysagede l'île de Vassivière
3 Juillet < 23 Octobre 2011

www.ciapiledevassiviere.com

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Caroline Engel Thomas Houseago
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