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Invitée par la galerie Arko à Nevers, Aurélie Godard proposait une exposition collective et réalisait un dispositif scénographique où ses propres pièces, pensées comme des supports de présentation, orchestraient la circulation dans l'espace.

Particeps, particules, palissades

par Franck Balland

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Sollicitée par la galerie Arko, à Nevers, pour présenter son travail, Aurélie Godard a répondu à l’invitation en proposant une exposition de groupe, dont elle se trouve être tout à la fois coordinatrice et scénographe. Le résultat, titré «Particeps, particules, palissades», dresse le portrait d’une génération d’artistes ayant placé la matière, et sa manipulation, au centre de leurs investigations plastiques.

 

Avant d’aller plus en avant dans ce parcours d’œuvres, arrêtons-nous sur le nom qui lui a été donné, « Particeps, particules, palissades », réduit par commodité à l’acronyme «PaPaPa» (sorte d'onomatopée qui évoque une entêtante rengaine pop, et peut-être aussi la répétition des coups de marteaux nécessaires à la transformation de l’espace d’exposition). Plus qu’un simple programme apte à réunir l'ensemble des productions montrées, cette juxtaposition de termes souligne les proximités de pratiques, les possibles rapprochements théoriques de travaux réunis pour l'occasion (en latin, particeps signifie «prendre part à», et marque dans ce contexte un rassemblement pour une entreprise commune), tout en signalant indirectement la nature du rôle incarné par Aurélie Godard dans la rencontre des différentes parties. En façonnant l'espace de la galerie comme on érigerait une installation in situ, l'artiste a multiplié les points de jonction entre les pièces exposées, favorisant les mises en relations formelles et conceptuelles. Entre autres conséquences à cela : le visiteur suit le rythme soigneusement dicté par la maîtresse de cérémonie, en alternant les moments de circulation et de consultation comme les dispositifs de présentation le suggèrent. Une recherche de mouvement visible dès l'extérieur, à travers la large vitre exhibant Arko sur la rue, où se perçoit une palissade colorée qui, en même temps qu'elle déjoue l'architecture, flanque l'espace d'une cimaise de lattes peintes, déclinées en dégradé du blanc au rouge.

Surplombé par la Montagne magique (2011) de Florentine et Alexandre Lamarche-Ovize – une ligne d'horizon basculée, faite de couches stratifiées de bois, résine et carton imitant des matériaux tels que le marbre  – l'entrée de l'exposition place le regardeur face à une grande peinture sans titre d'Amélie Bertrand. À partir d'une composition relativement classique, est figurée un environnement intérieur où s'unissent briques et cloisons de tous genres encadrant une estrade à baldaquin bleue, fleurdelisée comme s'il s'agissait d'un vestige du royaume de France. Le répertoire de formes consignées dans cette toile fait immédiatement écho aux pièces qui l'encadrent : ici un nuancier (2009) de revêtements urbains peints sur bois, dressé par Colombe Marcasiano, là une toile de Camila Oliveira, Aua (2006), dont l'aspect évoque la partie supérieure d'une palissade d'un quelconque lotissement. Au sol, Céline Vaché Olivieri présente Outburst (2011), une sculpture en faïence émaillée à l'allure de cheminée cabossée crachant une opaque fumée noire. Érigeant ces reconstitutions de lieux communs en une sorte d'espace/tableau déshumanisé, ce premier niveau d'exposition marque une variation autour d'un univers construit, normé, formulé dans un vocabulaire plus ou moins géométrique qui ne renvoie qu'aux formes qu'il génère.

Le passage à l'étage supérieur se fait par un escalier en bois vernis, dont Aurélie Godard s'est amusée à accentuer la structure peu élégante afin qu'il puisse servir de socle aux modelages en terre d'Éléonore Cheneau. Plus ou moins identifiables, les objets de l'artiste dénivèlent sur ces supports en bois brut placés à différentes hauteurs (un peu plus haut, l'installation des pierres peintes à la gouache de Valérie du Chéné augmente ce dispositif). Dans cet espace de transition, un fauteuil mis à la disposition du public – où sont reliées des toiles peintes par la quasi totalité des artistes de l'exposition, comme dans un nuancier de textile démesuré – fait face à la vidéo sketch'up (2011) de Chloé Dugit-Gros. Manipulant différents matériaux et objets usuels au cours de petites scènes, l'artiste compose, en vitesse accélérée, des situations à l’aspect tour à tour pictural ou sculptural.

Au dernier étage, les productions de Emmanuel Van der Meulen et de Martin Laborde se font faces. Le premier bénéficie d'une astucieuse construction de Aurélie Godard, un caisson blanc greffé au mur sur lequel est projeté, depuis l’intérieur, l’adaptation de 80 collages sous forme de diapositives. Intitulée Le gardeur de troupeaux (2011), cette série superpose des figures classiques à des situations préexistantes, dans un surprenant dialogue de brouillage historique et culturel. Sur une étagère à hauteur de regard, le second montre deux tablettes en plâtre moulées dans un même petit bac à sable. Présentées faces opposées, l’une laisse apparaître l’empreinte quadrillée d’un morceau de grille, tandis que l’autre paraît sertie de minuscules grains de sable brillants, restes faussement précieux d’une manipulation préalable. Au bout du parcours, dans une salle étroite aux airs de bureau d’étude, Sarah Duby s’empare de la reformulation d'une table de Jean Prouvé pour présenter différentes constructions et pliages en carton. Exposition dans l'exposition, ces micro-structures se déploient dans un subtil équilibre entre formes, couleurs et matières comme les éléments figés d'une œuvre soudainement interrompue.

 

Dense, «PaPaPa» fait la part belle à la dimension empirique d’un art s’exprimant essentiellement par l’expérimentation et la tactilité, entre précision et intuition de formes, de matières, d’assemblages. L’omniprésence des propositions scénographiques élaborées sur mesure par Aurélie Godard, injecte à l’ensemble une forme de cohérence, et apporte un éclairage sur les œuvres exposées autant que sur les procédés méthodologiques de l’artiste. En faisant preuve d’un sens de l’espace remarquable, et d’une grande justesse quant à la mise au regard des œuvres de ses contemporains, elle confirme la galerie Arko comme une des places fortes de l’art contemporain dans la Nièvre.




« Particeps, particules, palissades »
Avec Amélie Bertrand, Éléonore Cheneau, Valérie du Chéné, Sarah Duby, Chloé Dugit-Gros, Aurélie Godard, Charlie Jeffery, Martin Laborde, Florentine et Alexandre Lamarche-Ovize, Colombe Marcasiano, Camilia Oliveira Fairclough, Céline Vaché Olivieri, Emmanuel Van der Meulen.
Galerie Arko, Nevers
23 Septembre < 26 Novembre 2011

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